Roger Guasco : Histoire de Fomalhaut Retour Accueil
RB Mémoire de Dieu.
La matérialisation du vaisseau spatial
était telle qu'il était devenu visible et désormais capable de
naviguer seul, autonome.
C´est à ce moment-là qu'RB
s'y matérialisa.
Son cerveau, rayonnement de millions de soleils prit
alors possession du magnifique engin, sa puissance vibratoire se mit en
résonance avec l'ordinateur de bord.
RB regardait autour de lui, surpris comme un enfant aux premiers jours de sa vie.
Chaque fois qu'une matérialisation se produisait, spontanée, il
était émerveillé, heureux de savoir que si lui, RB, était
mémoire, Mémoire de Dieu, c'est que Dieu
était là.
Il s´émerveillait de savoir que toute supposition pouvait devenir
réalité, toute pensée matière, musique gelée.
Dans le cadran il voyait toute l'étendue de la planète Fo, disque
éclairé par son soleil. Il prit alors la forme d´un Terrien
pour la visiter car s'était en Terrien qu'il voulait réagir.
RB était mémoire de Dieu, mémoire du Commencement et mémoire de
la Fin.
Entre ces deux états : Dieu au commencement des Temps, énergie incommensurable, et Dieu
à la fin des Temps, retour à l'énergie primordiale, se
déroule la spirale.
C´est l'expansion, le morcellement en des
milliards de galaxies, des milliards et des milliards d´étoiles, en des
êtres de pierre, de chair et de lumière, en nombre infini, expression de
l'infini de l'Un:
Dieu divisé, restait la Mémoire de Dieu.
RB faisait partie de cette mémoire, il en était une faible part car, dans le
Cosmos, bien des êtres, bien des forces comme lui étaient en
activité à travers les sphères des mondes.
Le Temps était son maître.
Né du Temps. On pouvait le décrire
comme une étincelle parcourant l'infini, ne se matérialisant que
lorsqu'elle s'arrêtait, non en elle-même mais dans le corps de celui
qui avait été choisi pour sa disponibilité.
RB, mémoire de Dieu, était là, face à la planète Fo,
et en lui surgissaient les images de sa ronde de corps en corps.
Mais il fallait agir.
Tout autour de lui, se trouvaient tous les appareils nécessaires
à sa mission : ce que les Terriens auraient appelés
accélérateur de gravité, vibrateur et vidéo sur laquelle
à présent se dessinaient les antiques images de la planète Fo, elles
se superposaient à celles qu'il pouvait aussi apercevoir directement par le hublot.
Il en conclut que rien n'avait changé depuis des millions
d'années.
Tout était intact, inchangé, si ce n'est quelques cratères
de loin en loin, dus aux impacts d´aérolithes.
Fo était une planète morte.
Des énormes pics bien rangés en ligne étaient à la
mesure de la taille de Fo, planète de première grandeur, une des plus importantes du
Cosmos.
Ce que l'on pouvait prendre au premier coup d'œil pour
des montagnes étaient en réalité des constructions des Fobiens, des
cônes immenses à la structure parfaite qui se dressaient aujourd'hui encore
défiant le Temps et Dieu.
Le vaisseau passait maintenant entre deux rangées de cônes.
Un sifflement avertit RB qu'une immense énergie se dégageait
d'eux et que c´était de leur sommet terminé par un dôme
qu'elle rayonnait, énergie inutilisée, dangereuse, dont nul ne
savait pendant combien de temps encore elle émettrait si l'on n'intervenait pas.
Il fallait éviter de s'approcher trop près de ces sommets.
RB par prudence mit en service le parstec, sorte de radar perfectionné qui
prévenait des dangers et corrigeait la direction du vaisseau.
Au loin déjà se profilait une monstruosité de gigantisme : le
cône-mère, immense reflet de cette civilisation disparue, tour
d´incompréhension.
Un frisson parcourut l'échine du
Terrien.
Comment et avec quels moyens les habitants de Fo avaient-ils pu
édifier ce phénoménal monument ?
Sa hauteur défiait
l'imagination. Au fur et à mesure que le vaisseau s'en approchait,
le monument apparaissait dans son énorme laideur. Comme un pal dont la base
s'élargissait à vue d´œil, démesuré, il
grandissait toujours sur l'écran, visible dans sa totalité,
épousant la courbure de la planète, le sommet se perdant dans les
cieux.
Une tache sombre près du sol, c'était l'entrée du
monstre.
RB manipula quelques commandes et le vaisseau, docile, ralentit sa course.
Puis il pointa son arrêt automatique en direction de la plate-forme
d'accès auprès de l´orifice noir qui béait, effrayant.
Un appel sonore puis un voyant lumineux rouge l'avertirent que l'astronef
s´était posé.
La mission de RB commençait.
Il
avait le temps, l'équilibre des pressions lui laissait
l'opportunité de réfléchir.
Fo n'avait pratiquement plus d'atmosphère et l'ordinateur lui
donna en conséquence toutes les directives pour s'équiper.
Comment ce monde en était-il arrivé là ?
Pourquoi cette erreur ?
Et surtout, comment les astronautes qui l'avaient
précédé avaient-ils pu ignorer ce danger ?
Astronaute est le terme qu'aurait pu formuler un cerveau terrien, mais il
faudrait plutôt parler d'êtres identiques à RB dont la tâche
était de veiller à la bonne marche du plan divin dans ce coin de
l'univers.
Comment donc avaient-ils pu ignorer que cette planète vivait malgré sa
mort apparente et qu'elle rayonnait dangereusement ?
Fo aurait dû ne plus exister depuis longtemps. Il fallait la détruire
à présent, mais n'était-ce pas trop tard ?
Le mal
était déjà fait et RB l'avait vu de ses propres yeux
sur la planète Terre.
Etait-ce curable ?
Instinctivement RB regarda le ciel pour y trouver une
réponse...
