Le film continuait, les zones d'ombres dansantes se faisaient plus nombreuses.

Sur le haut d'un plateau couvert d'arbres vénérables au feuillage vert sombre, un édifice à colonnes.
Vont et viennent des personnages en toges blanches barrées d'une cape carmin.
Des sentinelles casquées, avec des crinières comme des crêtes s'appuient sur des lances... Et regardent la foule qui s'amasse au pied d'un immense escalier... Alors est amené un jeune homme, il est nu, les mains liées dans le dos.
Il est tout jeune, un homme en toge s´avance, lève la main et dit : " Il est à vous ! "
Les gardes le jette dans l'escalier et, c´est la ruée. Il est démembré, chacun voulant semble-t-il participer au meurtre...
.... Une main se pose sur mon épaule, le garde me dit : " hein ! jeunot, c'est pas rien les civils , c´est vraiment des bêtes, ils n'ont même pas de code d´honneur !"
Allez, viens boire un vin de Samos chez la vieille Cynthia, il y a de nouvelles esclaves......

Et l'ombre et la lumière, et la chaleur et le froid, ...
Les pieds dans la neige, dans des montagnes aux pentes abruptes, j´allume un feu avec quelques branches de résineux.
C´est le signal de ma présence en ces lieux hostiles.
Bientôt arrive une troupe, des hommes, des femmes, des enfants, ils sont emmitouflés, leurs pieds serrés dans des peaux de bêtes. Je les conduis vers un col franchissable encore.
Il faut faire vite, les chiens de guerre sont sur leurs traces.
Femmes et enfants partent devant, et nous prenons le temps de creuser des petites fosses en lesquelles nous plantons nos poignards lames en l'air et rapidement nous courrons vers le versant qui part en déclivité rapide.
En coupant des branches nous faisons des traineaux et l'allure s'accélère, rapidement nous sommes pratiquement hors d'atteinte, on voit la mer au loin, entre deux montagnes...
Des hurlements de douleurs, nous renseignent sur l'état des chiens, nous sommes sauvés.
Sans leurs molosses nos poursuivants n´ont aucune chances, nous sommes nombreux et armés.
De fait, l'écho renvoie les appels des premiers poursuivants qui cessent leur hallali.
La trompe du "cessez la chasse " retentit.
Nous sommes sauvés !

Le défilé des images continu, mais je suis moins angoissé, l'heureuse fin de l'épisode me rassérène un peu.

Néanmoins, les images de vie se succèdent sans cesse, il n'y a ralentissement que lorsqu'un détail émerge et que mon cerveau semble s'y accrocher. Alors apparait toute une scène avec des bruits, des couleurs, des odeurs...

Dans un jardin couvert de fleurs, embaumant tout l'espace, une foule immense, des braséros de bronze posés sur des socles de marbre ciselé;
On jette de l'encens, des pétales sur les braises, alors s'élève une fumée bleutée qui fait tourner la tête lorsqu'on la respire...
Les femmes sont vêtues de voiles transparents, leurs têtes ceintes d´une couronne de fleurs, les hommes sont demi-vêtus, une couronne de laurier leur enserre les tempes... Des corbeilles de fruits sont disposées un peu partout, des flambeaux de résine éclairent les allées et les bosquets. Ce ne sont que rires et gloussements.
Tous se cherchent, s'embrassent, et s'étreignent dans tous les endroits.
Me voici entrainé par des femmes qui rient me font manger du raisin à pleine main, m'arrosent de vin, je suis inondé de la tête aux pieds.
J´essaie de leur échapper, mais elles sont trop nombreuses, c'est à qui sera la première à me dénuder et, me chevauchant elles me cravachent avec des branchages en criant : " Evoé ! Evoé ! "
Je sais qu'il s'agit des bacchantes et il ne faut pas leur résister, sinon la mort est au rendez-vous....

Et l'ombre revient.. Un long tunnel tourbillonnant, j'essaie de m'accrocher, mais les parois sont insaisissables.
De nouveau, la fulgurance de la lumière, un corps étendu sur un catafalque, les flammes qui rougeoient, qui consument mes cheveux, et j'aperçois des rangées de boucliers, derrière lesquels, des hommes aux visages rudes contemplent le brasier...

Et de nouveau, c'est le noir tourbillonnant, le blanc qui surgit, une naissance, une mort, entre les deux une vie sans doute, mais l'accélération constante des images fait que je sens que je remonte le temps.
Ce n´est plus la même ambiance, je suis devenu calme, sans appréhension...

Une clairière au bord d'une rivière écumante, je suis penché, je tiens un harpon guettant l'ombre vive d´un poisson.
Je vois mon pied nu et le lacet noué à mon orteil relié au harpon.
Je frappe le poisson il est cloué, je jubile...
Soudain une horde descend la rive et m'assaille, dernière vision voilée, d'arbres et de rochers et c'est le sombre qui arrive...

De nouveau la vitesse stupéfiante m'entraine, un jour, une nuit, un jour, une nuit, l'impression de faire partie d'un film en noir et blanc...

Un balancement, une ondulation, une lumière dorée et des senteurs envahissent mon être, les parfums s'exhalent d'herbes hautes qui cachent ma vue....
En face de moi, dans un bruissement continu, deux graminées élancées se frottent l'une à l'autre sous l'action de la brise, des graines s'échappent et roulent à mes pieds....
Et, je n'ai plus de pieds. Je suis une tige qui porte elle aussi son épi de reproduction.
La chaleur devient intense, je courbe la tête et m'effondre.
Un voile obscurcit le ciel ardent...
Déjà, je ne suis plus une herbe, je bouge lentement, je rampe le ventre collé au sol. Je lève la tête, je sens les odeurs et je fixe un endroit précis dans la savane, ma langue capte les effluves de mon diner.
Je me dirige silencieusement en ondulant vers mon premier festin de la semaine, une famille de mulots ou de rats, je ne sais pas.
Ce sont des petits êtres poilus à longue queue qui couinent en jouant à l'entrée de leur terrier. J'aperçois leurs petits ventres gris clair lorsqu'ils sautent en l'air.
Je sais que je n'en ferais qu'une bouchée et, la jubilation envahit mon être....